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TEMOIGNAGE-Mes quelques balles avec Maradona à Cuba
information fournie par Reuters 26/11/2020 à 01:57

(corrige dernier paragraphe)

par Andrew Cawthorne

LONDRES, 26 novembre (Reuters) - Correspondant de Reuters à Cuba de 1998 à 2002, Andrew Cawthorne se remémorait en 2004 l'un des quelques matches de football auxquels il a participé en juin 2000 avec Diego Maradona, décédé ce mercredi à l'âge de 60 ans.

Quand je me suis avancé pour tirer le penalty dans le stade national de Cuba, un Maradona bedonnant mais souriant a frotté le ballon avant de le placer, m'a glissé quelques conseils et a joint ses mains comme pour prier.

Bien entendu, mon tir a abouti entre les mains du gardien de but. "Tu l'as bien tiré, tu feras mieux", a-t-il ensuite menti.

Ce soir là à La Havane, l'équipe de la presse étrangère a perdu 6-0 contre un Onze réunissant Maradona et quelques amis.

Cette défaite exauçait pourtant un rêve de petit garçon, celui de jouer au côté d'un des plus grands footballeurs de l'histoire.

Maradona se trouvait alors à Cuba pour y traiter, aux frais du régime castriste, ses problèmes d'alcool et de drogue. Son manager, Guillermo Coppola, nous avait, avant le match, discrètement demandé d'éviter de tacler l'Argentin en surpoids afin de ne pas l'humilier.

Mais l'humiliation fut pour nous, lorsque Maradona, pourtant dans un état physique déplorable, nous gratifia de deux buts marqués de très loin, sous le regard impuissant de notre gardien de but, un fumeur invétéré.

DU VIN ET DES STEAKS

Ce match fut l'un des quelques-uns que j'ai disputés avec Maradona. Il était arrivé à Cuba en début d'année après avoir frôlé la mort en Uruguay et participait de temps en temps à des rencontres amicales pour retrouver la forme.

Ces matches pouvaient aussi bien se dérouler au stade national Pedro-Marrero que sur un terrain anonyme caché derrière un hôtel.

Maradona célébrait chaque but comme il les célébrait lorsqu'il était au sommet de sa gloire, que ce fut lorsque son équipe élimina l'Angleterre de la Coupe du monde 1986 ou lorsqu'il transforma le destin du Napoli en Italie, à la fin des années 1980.

Poings serrés, bras levés, la tête en arrière, les yeux vers le ciel, Maradona pouvait hurler de plaisir avant de s'effondrer sur la pelouse ou de remonter le terrain en courant pour fêter son but.

"Marquer, c'est vraiment une sensation extraordinaire. J'aime ce jeu, c'est ma vie", a-t-il une fois hurlé de plaisir lors d'un cinq contre cinq.

Cette amitié partagée avec Maradona, je la dois à un collègue de Reuters, Alfredo Tedeschi, dont les manières de paparazzi ont eu le don de mettre le footballeur dans une colère noire dès son arrivée à Cuba.

Mais les deux hommes se sont rapidement entendus comme larrons en foire et Maradona a commencé à se rendre chaque jour ou presque chez ce journaliste reporter d'images, argentin comme lui, pour profiter de sa cave et déguster d'épaisses tranches de viande alors que nous étions nombreux à penser qu'il était soumis à une diète des plus strictes.

"ME DÉTESTE-T-ON ?"

Maradona venait aussi y regarder les matches de Boca Juniors ou de l'équipe nationale d'Argentine grâce à la liaison satellite spécialement aménagée pour lui par Tedeschi.

Il ne perdait pas une occasion de vociférer à la moindre décision arbitrale ou de célébrer les buts en plongeant tout habillé dans la piscine de mon collègue.

Un soir, dans la fumée des cigares et les parfums des vins d'après le repas, j'ai fini par lui poser la question qui me taraudait depuis si longtemps : "Alors, qu'est-ce que ça t'a fait de marquer ces deux buts contre l'Angleterre en 1986 ?"

Je redoutais qu'il soit las de répondre une fois de plus à la même question, mais pour mon plus grand plaisir, Maradona, qui savait que j'éprouvais à son égard une admiration sans borne, s'est plongé une heure durant dans ses souvenirs.

Il s'est esclaffé en évoquant la mémorable "main de Dieu", avant de me demander, visiblement préoccupé: "Me déteste-t-on en Angleterre ?"

Il nous a ensuite décrit par le détail les moindres coups de rein qui ont jalonné la folle chevauchée qui a précédé son deuxième but contre l'Angleterre, sans doute le plus beau de l'histoire de la Coupe du monde.

Le rêve de Maradona était d'entraîner un grand club. "Manchester ou le Real Madrid feraient l'affaire", disait-il, à moitié sérieusement, son ego et son envie de rester dans le monde du football lui faisant oublier à quel point sa réputation avait été ternie par ses problèmes de drogue.

A La Havane, le génie du football a rencontré à plusieurs reprises son idole à lui, le président cubain Fidel Castro, fan de base-ball, qu'il a initié à l'art délicat du dribble.

"Je ne suis pas un communiste, mais je suis un fidéliste, jusqu'à la mort", nous déclara un jour Maradona, dont le tibia gauche était orné d'un tatouage représentant le dirigeant cubain.

(Version française Nicolas Delame, édité par Jean-Stéphane Brosse)

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